Diviser par trois nos émissions, même si nous sommes seuls

Cela n'aura aucune influence sur l'effet de serre, évidemment.

Cela aura d'autres effets ; ces effets "externes" sont-ils favorables ou non ?



Cette page a été écrite après de longues discussions avec des économistes et des responsables administratifs et politiques.

Si la France s'engage dans une politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre plus forte que les autres pays, cela aura comme effet qu'elle dépensera pour son énergie - pour la produire, l'utiliser ou l'économiser - davantage que les autres pays.

Dans notre scénario les entreprises confrontées à la concurrence internationale peuvent se procurer leur énergie au prix mondial. Pourtant, une réaction immédiate est de se dire : "si l'énergie coûte plus cher pour le même service rendu, nous pénalisons notre économie par rapport aux autres".

Passons donc en revue, sans complaisance,  les différents "effets externes" d'une politique de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.

Ces effets externes sont  : la création d'emplois, l'autonomie énergétique, une bonne place dans les négociations internationales, préparer nos entreprises aux nouvelles techniques économes en énergie fossile, l'aménagement du territoire,  diminuer la pollution en ville.

La création d'emplois ? 

Nous avons ouvert une longue page sur le sujet. Dans le domaine de l'énergie, ce programme suscitera la création nette d' un demi million d'emplois environ. Mais nous expliquons que cela ne signifie pas, loin s'en faut, une création nette d'emplois dans l'ensemble de l'économie. Néanmoins, il peut être plus facile à un décideur politique de prendre des mesures, nécessairement peu populaires, qui conduisent les Français à augmenter leur taux d'activité si, par ailleurs, il peut leur montrer qu'il y a du bon travail à faire, utile pour la France et pour le monde. C'est l'esprit du rapport Camdessus : montrer qu'il y a de quoi travailler et proposer des mesures pour augmenter la quantité de travail réalisée en France. Nous ajoutons un secteur d'activité nouvelle que n'ont pas cité les auteurs du rapport.

Et  nous avons montré que si le prix du pétrole revient à 50 $/bl, il suffit que un emploi sur deux créés par ce programme dans le domaine de l'énergie soit une création nette d'emplois pour que l'augmentation d'activité suffise à compenser le surcoût de l'énergie.  Comme ces emplois seront de toute nature et répartis sur tout le territoire, il n'est pas improbable que l'on atteigne ce chiffre - des études complémentaires pourraient le montrer. Mais on ne peut pas dire qu'il est aujourd'hui démontré que la création d'emplois suffit à justifier ce programme.

L'autonomie énergétique ? 

Il est vrai que ce programme conduit à une autonomie énergétique de 80 %. Mais où est l'avantage si l'on doit payer son énergie à un niveau plus élevé que celui qu'atteindra le prix international, même en période de crise ? Le prix équivalent de l'énergie selon ce scénario est un pétrole à 100 $/bl. Or il est peu probable que le prix du pétrole atteigne cette valeur, et très peu probable qu'il y reste longtemps, comme nous le démontrons ailleurs sur ce site. Alors, à quoi bon une autonomie énergétique qui nous coûterait si cher ?

C'est une "bonne question". Effectivement, l'autonomie énergétique ne suffirait pas à justifier ce programme. Pourtant, en cas de crise, l'économie est frappée non seulement par le prix de l'énergie mais par la brutalité de son évolution (car on a du mal à s'y adapter). D'autre part, les crises stratégiques sur l'énergie, celles qui mettent en scène la volonté de puissance des Etats, peuvent se traduire par des hausses de prix très importantes et aussi par des ruptures physiques d'approvisionnement.

Une bonne place dans les négociations internationales ?

Cet effet est certain ; il suffit de se rappeler le retentissement du discours du Président Chirac à Johannesburg. Avec un tel programme, la France pèsera moins sur les ressources fossiles, ce qui retardera la hausse des prix dont les pays en développement sont les premiers à souffrir ; elle montrera une voie pour lutter contre le changement climatique ; elle sera moins dépendante des décisions qui seront prises par les pays qui maîtrisent et maîtriseront les ressources fossiles : le Moyen Orient et la Russie pour le pétrole et le gaz puis, pour le charbon, les Etats-Unis et la Russie. Les citoyens sont-ils prêts à "payer" pour ce genre d'avantage ? Il appartient aux responsables politiques de les en convaincre.

Préparer nos entreprises aux nouvelles techniques économes en énergie fossile ?

Dans tous les domaines, un tel programme leur donnera une avance certaine. Nous l'avons déjà sur le nucléaire ; nos entreprises sont très bien considérées en ce qui concerne le logement d'une part, les services publics et l'aménagement urbain d'autre part ; elles ajouteront à leurs compétences les réseaux de chaleur, la gestion efficace des différentes sources de chaleur, les circulations douces etc. Elles deviendront compétentes sur le biocarburant, de la graine au moteur, sur les véhicules bi-énergie etc., toutes techniques qui pourraient connaître un développement mondial. Il est difficile de chiffrer cet avantage donné à notre économie.

L'aménagement du territoire ?

Ce programme maintient de l'activité sur tout le territoire. A combien évaluer cet avantage ? Cette affaire relève de la politique plus que de l'économie. L'expérience montre que la France est prête à y consacrer des sommes très importantes, ce qui nous permet de ne pas désertifier nos campagnes.

Diminuer la pollution en ville ?

Si les véhicules en ville sont propulsés par l'électricité, l'atmosphère de nos villes en sera considérablement améliorée. Les études récentes montrent de mieux en mieux les dommages causés par la pollution automobile. Il doit être possible de calculer l'effet sur la santé de ces pollutions. Il s'agit là d'un avantage tangible, immédiat, qui se répercute très rapidement sur le pouvoir d'achat de tout un chacun.

On peut voir ici comment sera financé l'effort de division par trois de nos émissions de gaz carbonique, par les ménages, par la baisse de la facture énergétique et par une valorisation,  concrétisée par une baisse d'impôts et par des subventions, des effets externes locaux favorables.

En conclusion

Nous ne pensons pas avoir ici démontré que, si la France est seule à agir, il est de son intérêt de le faire. Mais ce scénario montre que cela ne coûterait pas cher. Et il présente tout un faisceau d'indices laissant à penser qu'il pourrait bien être de l'intérêt de notre pays d'agir, même s'il est seul, les plus tangibles étant la diminution de la pollution en ville, l'aménagement du territoire et, sans doute, la création de nouvelles activités pouvant aider à créer de nouveaux emplois.

Et nous n'arrivons pas à considérer comme de peu d'intérêt que la France soit en pointe dans la lutte contre ce fléau mondial : l'initiative de la France, même seule, rendra plus probable - ou moins improbable - la mise en oeuvre d'accords internationaux solides.

On peut lire ici quelques considérations sur les prochains accords, qui pourraient être très différents de l'accord de Kyoto.

 



 
Pour une vue d'ensemble, voir  l'article paru dans la revue de l'énergie

 
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