2100.org

Benjamin Dessus, 58 ans est ingénieur et économiste. Il a débuté sa carrière aux laboratoires de Marcoussis dans le domaine l'électronique quantique et des lasers. Il a ensuite rejoint les Etudes et Recherches d'Electricité de France pour y monter un laboratoire de métrologie optique. En 1982 à la création de l'Agence Française de la Maîtrise de l'Energie, il prend la direction des services techniques de cette agence. Il la quitte en 1987 pour rejoindre le CNRS et prendre en charge un programme interdisciplinaire consacré aux problèmes d'énergie et d'environnement.. Il dirige aujourd'hui le progarmme Ecodev du CNRS programme interdisciplinaire de recherche sur les technologies pour l'écodéveloppement.t

Benjamin Dessus est auteur de plusieurs livres sur l'énergie et l'environnement*. Il préside le Conseil Scientifique et technique du Fonds Français pour l'Environnement Mondial et l'association " Global Chance ".

- "Atlas des énergies pour un monde vivable"Ed Syros 1994

- "Pas de gabegie pour l'énergie", Ed de l'Aube, 1994.

- "Energie : un enjeu planétaire", Ed Belin, 1996

- "L'énergie solaire", avec F Pharabod, Collection Que sais-je? PUF 1996

ENERGIE 2010-2020 " Les défis du long terme "

Rapport de l'Atelier présidé par benjamin Dessus

 

Les problèmes énergétiques nationaux, européens et mondiaux, au coeur des préoccupations internationales de développement et d'environnement, comme l'a encore mis récemment en relief la conférence sur le climat de Kyoto, ont toujours fait l'objet d'aune attention particulière de la part du Commissariat Général du Plan. C'est ainsi que a Commission " Energie 2010-2020 " a été mise en place en avril 1996 pour actualiser les travaux effectués en 1990-1991 par la Commission " Énergie 2010 ".

Il est très vite apparu nécessaire à cette nouvelle Commission d'éclairer l'ensemble de ses travaux par une analyse prospective mondiale à long terme (2050-2100) des défis et des problèmes liés à l'énergie au développement et à l'environnement.

Analyser les défis et les problèmes du long terme dont l'anticipation pourrait avoir une influence décisive sur nos choix énergétiques à court terme, rendre compte de la nature des réponses aussi bien politiques et économiques que techniques soustendues par les images prospectives mondiales dont nous disposons, donner quelques éclairages stratégiques sur les transitions nécessaires, voilà l'ambition de ce rapport délibérément tourné vers le long terme.

 

QUELLES CONTRAINTES POUR LES SYSTEMES ÉNERGÉTIQUES?

Le défi du développement

La question qui se pose est celle de la contribution des systèmes énergétiques à la solution positive de l'énorme défi global que constitue le développement d'une population mondiale de 8 à 10 milliards d'habitants à la fin du siècle prochain, avec ses implications en terme de santé, d'alimentation, d'éducation, de mobilité, de culture, d'équité etc.. Mais la fourniture des services énergétiques nécessaires au siècle prochain ne va pas sans contraintes ni sans risques qu'il s'agit tout d'abord d'évaluer et de hierarchiser. Au coeur de cette réflexion on trouve les notions de globalité et d'irréversibilité des risques.

L'analyse des risques

Quatre risques sont exemplaires de la nature et de l'ampleur des problèmes posés : le risque climatique dû à l'augmentation de l'effet de serre, la raréfaction puis l'épuisement des différentes énergies fossiles et fissiles, les risques liés au développement de l'industrie nucléaire énergétique civile, enfin les risques liés à la dégradation et aux concurrences d'usage des sols. Ils ont en commun de ne présenter aujourd'hui aucune conséquence réellement ressentie par les populations et sont largement interdépendants. Leur imbrication potentielle est donc à prendre en compte dans une stratégie de précaution.

 

DU DÉVELOPPEMENT À L'ÉNERGIE

Quels besoins?

Satisfaire l'aspiration au développement de chaque être humain suppose de pouvoir apporter à chacun l'énergie qui lui sera nécessaire pour couvrir ses besoins. Le lien entre le développement et la demande d'énergie devient alors un élément stratégique de la réflexion prospective. Après avoir longtemps considéré comme une loi la constance du rapport entre consommation d'énergie et PIB, on a été conduit à abandonner progressivement ce modèle d'une élasicité énergie PIB constante, au profit de représentations, où l'évolution de la consommation d'énergie est fonction du niveau de développement et de l'état des technologies. Mais la demande énergétique, à niveau d'activité donnée, dépend aussi bien sûr de l'état des techniques. Les technologies mises en oeuvre pour transformer cette énergie en services (chaleur, force motrice, éclairage, information, etc.) ont vu leur efficacité s'améliorer de façon considérable au cours du vingtième siècle. De nouvelles évolutions vers des technologies plus sobres sont en cours de développement, et devraient constituer "l'offre de référence" dès la première moitié du prochain siècle dans tous les domaines.

Ce progrès technique intervient sur des produits qui remplissent des fonctions elles même largement déterminées par des infrastructures de très grande durée de vie qui viennent relativiser l'infuence de ce progrès sur les consommations d'énergie. Au total, pour certains secteurs, les gains technologiques et les choix d'infrastructure auront des effets bien supérieurs à la croissance prévisible de l'activité, et les consommations sur certains postes devraient décroître Pour d'autres, les gains d'efficacité énergétique devraient pour le moins compenser la progression de l'activité, et les consommations énergétiques globales stagner. Pour le secteur des transports, les gains technologiques pourraient être au contraire plus que compensés par l'augmentation de la demande en service.

 

Quelle offre?

L'analyse de l'évolution des technologies d'offre montre aussi des possibilités d'amélioration des performances des diverses filières. Les perspectives de progrès restent cependant plus modestes que pour les technologies d'usage de l'énergie. Là encore, les grandes infrastrutures de transport d'énergie (gazoducs, lignes à haute tension, etc) à fort contenu en capital et à grande durée de vie auront sans aucun doute un rôle majeur dans l'évolution des différentes filières. Les ruptures scientifiques et techniques possibles (fusion, satellites solaires, géothermie des roches sèches,etc.), n'apporteront sans doute pas, même en cas de succès technique et industriel, de contribution significative aux problèmes énergétiques mondiaux avant la fin du vingt et unième siècle.

 

LES ENSEIGNEMENTS DES SCÉNARIOS PROSPECTIFS

Les nombreuses images prospectives mondiales décrivant la situation énergétique en 2020, 2050, voire 2100 dont on dispose se classent en deux familles contrastées :

Les uns proposent une vision de l'avenir construite sur un modèle productiviste de "développement par l'abondance énergétique", qui assure une croissance économique forte par un approvisionnement énergétique non limitant et une dynamique de progrès technologique rapide. Les variantes se construisent autour d'options contrastées sur la participation des différentes sources primaires au bilan mondial, et sur les filières de transformation en énergies finales. Globalement, ces scénarios cumulent la plupart des risques à des niveaux élevés et se différencient par la diminution ou l'augmentation d'un des risques par rapport aux trois autres.

Les autres proposent un "développement par la sobriété énergétique" qui rééquilibre les politiques énergétiques en accordant une priorité forte à la maîtrise de l'évolution de la demande, les options d'offre restant quant à elles très ouvertes. On attend de ces scénarios une réduction conjointe des principaux risques de long terme et un développement des pays du Sud facilité par les progrès d'efficacité énergétique et la moindre absorption de capitaux pour le développement des systèmes énergétiques. La principale question soulevée par ces scénarios est bien de savoir comment assurer un progrès continu de l'efficacité énergétique, au delà du simple pari technologique.

Ainsi, vus du long terme, c'est d'abord par le volume, la nature et la répartition régionale de la demande d'énergie que se distinguent les scénarios étudiés, plus que par les options d'offre retenues. Mais seuls les scénarios intégrant une hypothèse de forte réduction de l'intensité énergétique mondiale apportent une réponse significative en termes de risques globaux.

Du point de vue économique, les calculs qui prennent en compte de façon symétrique les coûts d'investissement et de fonctionnement de la production et de l'usage de l'énergie semblent mettre en évidence un avantage économique des scénarios sobres en énergie.

La véritable question devient donc de savoir quelles stratégies adopter, pour se diriger dans la direction suggérée par ces scénarios, tout en respectant les contraintes d'équité entre les sociétés et à l'intérieur même des sociétés.

 

Où ET COMMENT AGIR?

Au terme de sa réflexion l'atelier insiste sur quatre acquis principaux qui lui semblent constituer les bases d'une démarche active et positive :

L'efficacité énergétique doit devenir un objectif prioritaire des politiques. L'ensemble des travaux de l'atelier a mis en évidence le fait que seuls les scénarios qui retiennent une réduction très forte des intensités énergétiques finales apportent une réponse satisfaisante à la fois aux défis du développement et aux risques étudiés. La véritable question est maintenant de savoir comment aborder et conforter cette démarche indispensable vers une plus grande sobriété énergétique au service du développement. Il s'agit d'une approche ambitieuse puisqu'elle se propose à la fois d'irriguer dès leur conception l'ensemble des décisions d'infrastructure et d'influer significativement sur les choix technologiques, actuels et futurs.

Répondre aux défis du long terme exige d'agir dès aujourd'hui, parce que même si les risques se développent sur des temporalités longues, leurs valeurs dépendent pour une large part des politiques susceptibles d'être menées à court et moyen terme et parce que le progrès technique est très fortement contraint par la nature des infrastructures qui seront retenues au cours des prochaines décennies.

Construire la transition, entre gouvernance et marché : Appeler à une inflexion des modes de développement et des choix énergétiques suppose de revisiter les arbitrages actuels des marchés d'offre et de demande. L'amélioration importante de l'efficacité énergétique décrite dans les scénarios " développement par la sobriété énergétique " ne bute pas d'abord sur des obstacles d'ordre technique, mais sur des obstacles de nature culturelle, institutionnelle ou politique. La dynamique de transition proposée réclame un engagement politique fort pour entraîner une nouvelle dynamique sociale et institutionnelle dans les options de développement. Les défis du long terme apportent une légitimité renouvelée à l'intervention publique. Mais cette exigence de gouvernance suppose à la fois une réévaluation du positionnement de l'Etat et l'apprentissage de modes d'intervention nouveaux, moins régaliens et plus axés sur la coordination des acteurs et des marchés.

Mettre à profit toutes les synergies possibles entre court et long terme : Il ne peut y avoir de solidarité écologique au niveau mondial dans un contexte de guerre économique, ou de citoyenneté active dans un monde d'exclusion. Développement, lutte contre le chômage et la pauvreté, éducation et santé sont les premiers défis du développement durable. Il faut donc rechercher systématiquement les opportunités de réponses synergiques aux défis de long terme et aux exigences de court terme. C'est d'abord sur ces synergies reconnues que doit porter la politique des pouvoirs publics. Pour aller plus loin sur le chemin proposé, il faut mieux comprendre la nature des relations entre le développement, les choix énergétiques et l'environnement.

 

COMPOSITION DU GROUPE DE TRAVAIL

Président : Benjamin Dessus, CNRS

Rapporteur général : Michel Colombier, ICE

Liste des membres et des personnes auditionnées

Jacqueline Aloisi de Larderel, PNUE

Jean Audouze, CNRS

Paul Auguste, CFDT

Bertrand Barré, CEA

Jean-JacquesBecker, MIE

Philippe Bergeonneau, CEA

Marcel Bouvet, Institut français de l'énergie

Christian Brodagh, CFDD

Gilbert Bros, FNSEA

Noël Bureau, Peugeot

Pierre Calame, Fondation pour le progrès de l'homme

Christian Carouge, GdF,

Jean-Philippe Caruette, TOTAL

Michel Chardon, CFDT

Jean-Claude Chesnais, INED

Maurice Claverie, CNRS

Daniel Clément, ADEME

Denis Clerc, Alternatives économiques

Michel Cohen de Lara, Ministère de l'environnement

Michel Cruciani, CFDT

William Dab, Institut national de la santé

Jean-Marie Dauger, GdF

Dominique Dron, Ministère de l'environnement

Jean-Jacques Duby, SUPELEC

Georges Dupont-Roc, SHELL

Louis-François Durret, COGEMA

Guillaume Duval, Alternatives économiques

Jean-Pierre Falques-Pierrotin, Ministère de l'Industrie

Didier Fardin, CFDT

Alain Feugier, Institut Français du Pétrole

Claude Friang, Consultant d'Entreprises

Jean-Romain Frisch, Conseil Français de l'Energie

Bertrand Galtier, Ministère de la coopération

Claude Girard, Institut Français du Pétrole

Jean-Paul Gourlia, ELF-Aquitaine

Hervé Gouyer, CFDT

Alain Griot, Ministère de l'Industrie

Arnulf Grubler, IIASA

Jean-François Gruson, Institut Français du Pétrole

Marc Guillaume, Université Paris-Dauphine

Jean-François Hervieu, APCA

Véronique Hervouet, ELF Atochem

Roland Houp, FO

Jean-Charles Hourcade, CIRED

Bertrand Lafolie, ARE Nord Pas de Calais

Christian Jullien, CdF

Henri Lamotte, Ministère de l'économie

Philippe Ledenvic, IPSN

Philippe Le Lourd, Commissariat général du Plan

Jean-Pierre Leteurtrois, Ministère de l'Industrie

Robert Lion, Energy 21,

Baudoin Marchal, GdF

Jean-Pierre Marine, FNSEA

Jean-Loup Martin, CDF

Lucie Morin, UNIDEN

Paul-Robert Morin, CGPME

Neuville, DEAF/ECS

Jean Orselli, Conseil général des Ponts et Chaussées

Xavier Ouin, Ministère de l'Industrie

Jacques Ould-Aoudia, Ministère de l'Industrie

Jean-Jacques Payan, RENAULT

François Pharabod, Global Chance

Cédric Philibert, ADEME

Jacques Pior, APCA

Yvon Raak, GEC ALSTHOM SA

Pierre Radanne, ADEME

Philippe Raulin, FRAMATOME

Arthur Riedacker, INRA

François Rollinger, CFDT

Philippe Roqueplo, CNRS

Bruno Roquier-Vicat, Ministère de l'économie et des finances

Fabrice Roubelat, EdF

Claude Rousseau, DATAR

Assad Saab, EDF

Pierre Sache, ARE

Alain Sanglerat, GdF

Min Di Tang, Ministère des Affaires Etrangères

Marie-Noëlle Séréni, DATAR

Youba Sokona, ENDA

Rémy Souchon, Trois Suisses

Jean-Pierre Souviron, SISIE

Mauricette Steinfelder, Ministère de l'Environnement

Bernard Tinturier, EdF

Bernard Tissot, Institut Français du Pétrole

Jean-Noël Tronc, Commissariat général du Plan

Pierre Valette, DG XII CEE

Marc Vedelle, Ministère de l'Environnement

Alain Vidard, Syntec

Christian Vilmart, SNCF