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Philippe J. Bernard, author of/auteur de "De l'utopie moderne et de ses perversions", Paris, PUF, 1997. |
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Paris, May the 27th, 1998
1. The power of ideas In the last pages of his General Theory (1936), J.M. Keynes wrote "Ideas govern the World". However, this statement does not apply to fashionable faulty ideas only. Major changes in the History of mankind (demography, economies, politics, etc.) appear linked to changes in the set of ideas commonly accepted. Whatever the conditions and constraints that hem in men living in their groups, the impact of these ideas cannot be ignored.
2. The Ideas of our time one idea dominates our time : Liberty, or Liberation (which includes the, autonomy of the individual, freedom of creed and opinion, universal personal development, right to Happiness and to a minimum of Welfare), together with its complement : equality (one man is equal to another, no one should be excluded). These concepts cover both the goal of every individual, and that of Society as a whole. This is the modern Utopia, increasingly present every day and everywhere. (Discipline, it will be noted, which could be seen as another major trend of the day, is not aspired to ; the need for a proper structure is just one of the conditions of a real freedom. And the attachment of the individual to the Nation or ethnie group to which he/she belongs is, to a large extent, one way of preserving an identity and a freedom that may appear threatened).
3. The Utopia at work All sorts of directions are affected by the longing for freedom. The freedom of the researcher or thinker, the tabula -rasa of the philosopher are an indispensable condition of all serious and scientific work. History has witnessed the freeing of one people after another and the building of Democratic States promising an equal sharing of all in the General Will. The economic system works better when producers and consumers can act freely in an open and innovative world. The history of morals and personal behaviour is similarly that of a gradual liberation, although at its own tempo. And the field of arts and literature is characterized by the liberty and originality of the artist - indeed, this is where the very concept of modernity started.
4. The contradictions and perversions of this Utopia When confronted by today's problems, one is tempted to say that modernity has exhausted itself and that we have entered a "postmodern", era where events have no sense and individuals have lost their bearings. However, the stress should rather be on the confusion of ends and means, the lack of understanding of the necessities that our aspirations require, and the contradictions concealed in these. The first contradiction is between the two values of liberty and equality, both of which Justice demands be respected. Modern technology leads to inequality, which Education tends commonly to reinforce more than to compensate - hence the need to form humans for their freedom at the same time as helping them to find their place in society ; organization constraints, directed at fulfilling the various human needs, may indeed interfere with the goal of liberty. The political freedom of modern man, built on the concept of representation, creates on the other hand a gap in society between elected members and ordinary citizens, requiring therefore a constant effort to decentralize - but this may increase the risk of corruption or lead to an excess of conservatism, hence again the need of education. Finally, today's individualist society puts the onus of responsibility on everyorie, but due to the lack of outside belief or internal firmness, most of us are not equal to the task.
5. Teaching for social analysis and futurology The modern utopia is an answer to our aspirations and ought not to be discarded. But it is important to understand the way deviations occur, if one wants to face the predicaments of the day and carry out the needed adjustments. Three main problems arise. First that of a stable organization, allowing the search for the fulfillment of the aspirations of the self without impairing Liberty or Justice ; then education of the individual in order that he/she may acquire the solid framework needed ; and finally the coexistence of peoples and ethnic groups, without domination or exclusion, thereby allowing the full development of the aspirations of each one today. Taking into account these aspirations and the dangers involved could greatly benefit the solving of conflicts, the carrying out of reforms, and Futurology studies. |
UTOPIE ET CHANGEMENT SOCIAL Paris, 27 mai 1998
1. Le pouvoir des idées "Les idées mènent le monde", disait Keynes à la fin de sa Théorie générale (1936). Cependant, il ne petit s'agir seulement des idées erronées circulant dans le public. Les changements majeurs de l'histoire de l'humanité (démographie, économie, politique, etc.), sont liés à des changements des conceptions en honneur. D'où, sans nier l'existence de conditions et contraintes variées liées à la façon dont les hommes vivent en société, le besoin de connaître l'influence de ces idées et conceptions.
2. Les idées de notre temps Une idée domine notre temps et ses transformations, celle de liberté ou de libération (autonomie, liberté de croyance et d'opinion, développement personnel de chacun, droit, au bonheur et à un minimum d'aisance), avec son complément, l'égalité (un homme en vaut un autre, sans exclusion). Ces idées définissent à la fois l'objectif de chacun individuellement et celui de la société collectivement. Telle est l'utopie moderne, plus que jamais présente en tous pays. (On notera que la discipline, parfois vue comme une autre tendance du jour, n'est en aucune façon une aspiration ; le besoin d'organisation ne peut être qu'une des conditions de l'atteinte, d'une pleine liberté. L'attachement des individus à l'ethnie ou nation a laquelle ils appartiennent n'est lui-même qu'un moyen de préserver une identité et une liberté tenues pour menacées.
3. L'utopie à l'oeuvre Les effets de l'aspiration à la liberté se manifestent dans des domaines variés. La liberté du chercheur et du penseur, la table rase, du philosophe sont les ingrédients indispensables de la recherche scientifique. L'histoire politique est celle de l'affranchissement des peuples et de la construction d'Etats démocratiques basés sur la volonté de tous. Le système économique, ou de satisfaction des besoins dans les formes socialement reçues, a un meilleur rendement là où producteurs et consommateurs peuvent agir librement en faisant place à l'ouverture et à l'innovation. L'histoire des moeurs est de la même façon, quoique selon un rythme propre, celle d'un affranchissement. Et le domaine des arts et de la littérature est marqué par la place laissée à la liberté et l'originalité de l'artiste - le concept de modernité a trouvé là son origine.
4 Les contradictions et perversions de l'utopie Devant les difficultés contemporaines, on dit volontiers que a modernité aurait épuisé ses effets et que nous serions entrés dans une ère "postmoderne" marquée par l'absence de sens des événements et la perte de repères des individus. Mais ce sont plutôt la confusion des fins et des moyens, l'incompréhension des nécessités qu'imposent nos propres aspirations et les contradictions de ces dernières qui paraissent en cause. Les principales de ces contradictions sont rapidement rappelées. La liberté et l'égalité, ces deux valeurs qu'il est conforme à la Justice de voir respectées, peuvent conduire à des conséquences contradictoires. La technicité de notre société favorise une inégalité que souvent l'éducation renforcera plus qu'elle ne la compensera - d'où le besoin de former des hommes libres avant qu'ils ne découvrent leur place dans une société complexe. Les contraintes de l'organisation visant à satisfaire les besoins engendrent des conditions éloignant souvent de l'objectif de liberté. La liberté politique des modernes, fondée sur la représentation, crée des écarts entre élus et citoyens, d'où la nécessité d'une décentralisation risquant cependant de multiplier les occasions de corruption ou de pousser à des excès de conservatisme, et donc à nouveau le besoin d'un effort d'éducation. La société individualiste demande enfin à chacun d'être responsable, mais manquant de référence extérieure et de solidité intérieure, la plupart d'entre nous ne sont le plus souvent pas à la hauteur de cette tâche.
5. Enseignements pour l'analyse sociale et la prospective Répondant aux aspirations, l'utopie n'a pas à être abandonnée. Mais il est important d'en comprendre les déviations si l'on veut mieux faire face aux difficultés du jour et opérer les ajustements qui s'imposent. Trois problèmes critiques se signalent particulièrement. Le besoin tout d'abord d'une organisation stable permettant la poursuite des aspirations de chacun sans menacer la liberté ni la justice ; l'éducation de soi aidant l'individu de notre temps à se donner l'armature dont il a besoin ; et la coexistence des peuples et ethnies, sans domination ni exclusive, permettant le plein développement des aspirations dont tous sont aujourd'hui porteurs. La référence à ces aspirations et aux dangers courus peut être une aide dans la préparation des réformes et la solution des conflits ; et l'étude prospective ne peut que gagner à prendre en considération les transformations intervenues ou à attendre de ces aspirations. |