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1980-2020 : The show business society

The relief felt following the collapse of the Berlin Wall did not last long. The bipolar order of the cold war hid a completely different reality. As the influence of the power blocs recedes, broken up by modern telecommunications, tribal and religious identities surface again, like concealed boulders breaking through the ice.

The world at the end of the 20th century consists of a mosaic of irascible ethnic groups, attached to past values and making a fetish out of the possession of their territory or their privileged position. After Lebanon; Yugoslavia, India, central Asia and Africa have been seized by fundamentalist urges and ethnic persecutions, and Asia is rearming. Sporadic and complex racial conflicts burst out, now here, now there like bubbles of hate rising to the surface of the devil's cauldron. People believed such atrocities were confined to the past but forgot too easily the helplessness of the illiterate, the despair of the unemployed, the response to being a social outcast. Without a future offering plausible hope, people embrace the forces of the past. In Eastern Europe, those who previously ruled may have been chased out of power but their lieutenants remain. They represent a resort to the security of a narrower outlook.

Constitutional society took over a century to become part of life in the West. But the Western world tried to give the impression that it could become established in a few years in the East and bring in its trail the prosperity desired. Clan and gang loyalties are not so easily overcome. To choose the new competent entrepreneur rather than the ignorant nephew of the local despot requires a serious commitment to objectivity.

It has to be seen by all as a social necessity, even more important than the old balance of power. However belief in naked force is still widespread, adhered to by a majority of humanity and reinforced by the temporary successes of warlords, the violence of the urban jungles and the growth of mafias.

Nevertheless, a new technological system continues to evolve, bringing with it new forms of actions. In this troubled world, technology is the area where intelligence overcomes force, even at the very heart of the chosen kingdom of naked force - armaments. Moreover modern technology links people beyond beliefs and frontiers. Though invented after the telephone, television became part of everyday life before it. It has instituted a planetary society of entertainment in which reality is transformed and packaged to gain the fleeting attention of viewers. Surreptitiously inserting advertisements into the consciousness of its audience, misleading people while also providing correct information, it creates unfulfillable desires and yet offers a space for the arts and encourages awareness of nature.

The world is drunk and has lost its landmarks. An overloading of information produces hallucinogenic effects. Individuals isolate themselves with their walkman or compulsively interact with their video games. The ensnaring and manipulation of minds spread imperceptibly and become second nature. In the space of a few days, a "true life show" can transform an unknown into the darling of millions of television viewers and just as quickly return him to the torment of the disregarded. Dallas reigns at all levels.

Without meaning to, the media teach passivity. They absorb the energy of the viewer in unfamiliar dramas. Having lived earth shattering events by proxy, the individual loses the motivation to undertake projects in measure with his own life and falls into either megalomania or depression. Millions of people are looking for work while there are less and less entrepreneurs to employ them. Everywhere the shortage is of employers and not of employees.

The world of finance is affected by its involvement with the media. Major entrepreneurs buy out television stations and money and credibility become entangled. Fortunes are made and lost more and more quickly. A raider can raise the equivalent of the yearly income of a million Indian peasants in three telephone calls. Stock markets linked together shift billions of dollars around the earth on the waves of speculation. Whole regions, complete professions are at the mercy of unpredictable hurricanes, originating in distant, elusive and random causes.

The numbers of social outcasts increase and so does unrest. The fear of danger heightens like volcanic forces fermenting away in the inner cities and slums, waiting for the right moment to destroy the old world. The chrysalis prepares to give birth; but to what?

 

Le soulagement suivant la chute du mur de Berlin est de courte durée. L'ordre bipolaire de la guerre froide recouvrait une toute autre réalité. L'océan des pouvoirs des blocs se retire, délité par les télécommunications. Les particularismes tribaux et religieux refont surface, tels de vieux rochers qu'on avait oubliés.

Le monde de la fin du vingtième siècle est une mosaïque d'ethnies irascibles, attachées à des valeurs du passé, comme fétichisant la possession de territoires ou de positions privilégiées. Après le Liban, la Yougoslavie, l'Inde, l'Asie centrale, l'Afrique sont saisis de pulsions intégristes et de persécutions ethniques. L'asie se réarme. Des affrontement raciaux, sporadiques et complexes, éclatent ici et là, comme des bulles de haine à la surface du chaudron du diable.

On croyait avoir définitivement banni de telles atrocités. C'était oublier trop vite le désarroi des illettrés, le désespoir du chômage, la réaction à l'exclusion. Sans avenir crédible, on se jette dans les bras des forces du passé. Dans les pays de l'Est, les chefs ont été chassés, mais les sous chefs sont encore là. Ils représentent un recours, d'esprit plus étroit.

La société de droit avait mis plus d'un siècle à s'installer en Occident. Mais les occidentaux faisaient semblant de croire qu'elle pourrait en quelques années s'établir à l'Est et y apporter la prospérité demandée. On ne quitte pas facilement des habitudes claniques, voire maffieuses. Pour choisir le nouvel entrepreneur compétent plutôt que le neveu ignare du potentat local, il faut que l'objectivité soit acceptée jusque dans le détail, perçue par tous comme socialement nécessaire et même plus essentielle que les anciens rapports de force . Or, le respect de la force brute est encore là, présent dans une grande majorité de l'espèce humaine, conforté par le succès temporaire de seigneurs de la guerre, le trouble des jungles urbaines et la montée des maffias.

Néanmoins, le nouveau système technique continue sa progression, apportant avec lui de nouvelles façons de faire. La technique est, dans ce monde troublé, le lieu où l'intelligence a raison de la force, et cela jusqu'au coeur du domaine d'élection de la force brute : celui des armements. Par ailleurs, la technique moderne relie les hommes, par dessus les croyances et les frontières. Bien qu'inventée après le téléphone, la télévision est mise en place avant. Elle institue une société du spectacle, planétaire, où la réalité est transfigurée, conditionnée pour capter une attention fugitive. Elle injecte subrepticement des messages publicitaires dans le mental du public, entretient des confusions en même temps qu'elle apporte des vraies informations, sollicite les pulsions en même temps qu'elle fait place aux arts et ouvre à la connaissance de la Nature.

Le monde est ivre. Il a perdu ses repères. La surinformation produit des effets hallucinogènes. Des individus s'isolent au moyen de leur walkman ou se livrent à un dialogue compulsif avec leur jeu vidéo. Comme celle de la fascination, l'habitude de la manipulation des esprits s'installe insensiblement et devient comme naturelle. Avec un "reality show", un inconnu peut en quelques jours être adulé de millions de téléspectateurs. Il peut aussi vite retomber dans le purgatoire de la réprobation. On joue "Dallas" à tous les étages.

Les médias enseignent sans le vouloir la passivité. Ils absorbent l'énergie du spectateur dans des intrigues étrangères. Ayant vécu par procuration des événements hors du commun, l'individu n'a plus le désir d'entreprendre à sa propre mesure. Il devient soit mégalomane, soit déprimé. Des millions de personnes cherchent un emploi. Il y a de moins en moins d'entrepreneurs pour les embaucher. Partout, on manque d'employeurs plus que d'employés.

Les milieux financiers sont touchés. Ils interfèrent avec le médiatique. Les grands entrepreneurs rachètent des chaînes de télévision. L'argent et la crédibilité s'enchevêtrent. Les fortunes se font et se défont de plus en plus vite. Un raider peut lever en trois coups de téléphone l'équivalent du salaire annuel d'un million de paysans indiens. Les places financières, interconnectées, ballottent des milliards de dollars à travers la planète au gré des vagues spéculatives. Les régions et les métiers sont à la merci d'ouragans imprévisibles, aux causes lointaines, insaisissables et aléatoires.

L'exclusion s'accroît. Les troubles aussi. La crainte du danger monte. On sent comme des forces telluriques qui fermentent dans les banlieues, s'apprêtant à faire craquer l'ancien monde. La chrysalide se prépare à accoucher, mais de quoi ?

 

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