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Planète mer

Atelier-club créé fin 2015
Président d’honneur : Jacques Rougerie
Président : Frédéric Lefèvre

La Mer nouveau « territoire »

par Frédéric Lefèvre, 5 octobre 2014 

Jacques Rougerie, président d’honneur du club, considère à juste titre que : « Nous sommes tous des mériens, habitants de la planète Mer ». Passionné par les mondes marins, il nous rappelle ainsi combien la mer est l’élément dominant de notre planète. De « Cités Planétaires » (premier nom de l’atelier-club) le club dans son nouvel intitulé s’élargit au monde de la mer, complexe et étroitement lié à la vie sur terre, pour tenter d’envisager la planète vue de la mer.

La Mer couvre 70% de la surface du globe, elle est à l’origine de la vie sur terre, au delà de la chance d’ y être né, nous lui devons beaucoup : l’eau, l’air, sa faune et sa flore, les climats tempérés et la violence des éléments, toutes choses dont nous vivons et que nous vivons chaque jour.

Ce formidable réservoir de ressources naturelles ne cesse de nous surprendre, parce que nous ignorons encore beaucoup de ce monde étrange et invisible. Le monde marin n’a pas la place qu’il mérite dans notre société. Il est sans nul doute, en ce début de millénaire, un atout majeur pour l’avenir de l’humanité.

Parce que la mer permet des échanges considérables, parce que ces échanges sont à l’origine de gigantesques cités – les cités littorales abritent les deux tiers de l’humanité – qui cherchent partout à s’étendre sur l’eau, parce qu’elle reçoit et digère tout ce que nous rejetons, parce qu’elle renferme des ressources immenses propres à notre survie, parce que nous dépendons d’elle au delà de ce que nous imaginons, nous lui devons respect et attention.

C’est pourquoi ce club organise une réflexion globale sur l’ensemble du monde marin naturel et humain. La mer, après avoir été une ressource et une déchetterie, est en passe de devenir un nouveau « territoire», un nouveau « continent » dont nous ignorons tout des lois et des règles qu’il impose.

Soyons prêts à en comprendre les enjeux et à proposer des scénarios crédibles, raisonnables et pragmatiques pour le bien être de la planète et de tous ses habitants.


Utopies

François Boucher, L'Enlèvement d'Europe, 1747. Huile sur toile, 160,5 cm x 193,5 cm, Louvre.edu
François Boucher, L’Enlèvement d’Europe, 1747
Huile sur toile, 160,5 cm x 193,5 cm, Louvre.edu

Objectifs et contribution au travail de prospective

par Philippe J. Bernard, décembre 2015

 Le mot Utopie, lieu de nulle part, a été forgé par Thomas More en 1516, pour désigner les mœurs d’une île inconnue découverte par quelque navigateur à la recherche d’un nouveau monde. Il s’agissait d’une réponse à l’Éloge de la folie d’Érasme, qui lui était dédié. Donc d’un jeu de l’esprit. Mais au cours des périodes suivantes, le mot a servi à désigner les traits d’une sorte de projet ou cité idéale, faisant, à un titre particulier ou général, un contraste marqué avec l’existant.

Il se comprend que le sens courant du mot ait bientôt été appliqué avant tout à des vues naïves ou inquiétantes de quelque rêveur impénitent. Cependant, ce qui est en cause est d’abord une idée, un concept, un projet s’écartant du présent. À ce titre, le travail d’utopie est proche de celui de la prospective. Sauf que cette dernière s’attache avant tout au probable, alors que l’utopie tend à viser le souhaitable, une situation meilleure que l’existant. À ce propos doit être rappelée la distinction faite par le sociologue allemand Karl Mannheim. Selon lui, parler en idéologue, c’est parler du monde tel qu’il doit être compris, ou qu’on voudrait qu’il le soit ; d’où une intolérance assez commune. L’utopie en revanche a pour objet le monde tel qu’il devrait être (Idéologie et utopie, 1929).

Ayant affaire à un projet, l’utopie peut être communiquée à d’autres et exercer un effet entraînant. En revanche, la prospective s’attache à la fois au probable et au souhaitable. C’est ce que faisait expressément la planification à la française, dont le premier stade était de présenter la croissance attendue ou possible du produit national aux différentes commissions de modernisation. Compte tenu de l’élasticité connue de la demande, la demande particulière attendue dans les divers secteurs s’en déduisait. La diffusion de ces informations pouvait avoir l’effet de relever les anticipations des entreprises du secteur.

Il se comprend que cette façon de faire, qui a donné d’excellents résultats pendant quelques années, se soit révélée inappropriée lorsque l’ouverture des frontières, puis la crise économique ont créé un monde plus compétitif, rendant caduques les calculs faits dans un cadre purement national.

À la même époque, ou un peu plus tôt, se sont développés les méthodes de la prospective. À l’initiative de Gaston Berger, il s’agissait de tenir compte des tendances de fond de la société. Ce que, en lançant les études de planification à moyen ou long terme, le Commissaire au plan de l’époque, Pierre Massé, devait appeler les faits « porteurs d’avenir ». Il y avait cependant un paradoxe dans cette approche. On s’efforçait en effet de ne pas prendre en compte les enseignements de l’histoire, « qui nous divise ». Cette réserve pouvait se comprendre dans le climat de l’époque ; mais les forces nées du passé sont un facteur important de l’évolution sociale.

Le très fouillé rapport de Pierre Marsal, pour le groupe de travail « Devenir de Prospective 2100 », rappelle que la principale finalité de l’association est de « s’interroger sur l’interaction technique-société ». En tête de la réflexion initiale, il y avait notamment les rapports entre matière et énergie, et les contraintes du temps sur le vivant. S’y sont ajoutées un certain nombre de convictions apparues dans différents pays sur le cours des sociétés humaines. D’où les chantiers pouvant être ouverts, dans les différents clubs ou ateliers de l’association, ou dans tout autre centre. Avaient ainsi à être abordés des sujets très variés, tels la poursuite du progrès technologique, l’étude de ses déterminants et de ses effets, l’importance de la communication dans les structures du vivant, le futur de l’économie, la place dans celle-ci des innovations monétaires, le problème des ressources, celui du droit, des institutions, de l’urbanisme et de la santé, et le besoin enfin d’une éthique et de son application. Une des difficultés de toute prospective était rappelée au passage, la quasi impossibilité d’anticiper l’émergence de catastrophes ou ruptures violentes, et l’inadéquation à ce sujet des théories proposées.

De façon que l’on peut tenir pour inattendue, l’idée était exprimée dans ce rapport que c’était peut-être dans le cadre de l’étude menée au nom de l’utopie « que pourrait se faire la synthèse des travaux des autres clubs ». C’était faire à l’étude des utopies un honneur peut-être immérité. En effet, les travaux entrepris de nos jours à ce titre tendent à ne prendre en compte les caractéristiques propres d’aucune discipline ou domaine ; il y a peu de place dans ceux-ci pour des données chiffrées, ce qui a priori paraît peu compatible avec l’exigence de l’interaction technique-société visée plus haut

Parler aujourd’hui d’utopie n’a guère affaire, comme aux périodes antérieures, aux caractéristiques précises d’une société idéale. Ce qui est en jeu pourrait être seulement une solution appropriée à un problème, tenu pour important. C’était ce que faisait par exemple le juriste et économiste américain Adolf Berle qui, connu surtout comme co-auteur avant la guerre d’une étude sur les entreprises américaines, devait publier en 1954 The Twentieth’s Century Capitalist Revolution, ouvrage dans lequel il exprimait l’idée qu’avec le plein emploi et les hauts salaires (et aussi les impôts élevés et les faibles profits), l’économie américaine approchait de la réalisation d’une « véritable utopie économique ».

De la même façon, s’il est permis de se citer, l’ouvrage De l’utopie moderne et de ses perversions, publié en 1997, parlait d’« utopie moderne », dans le sens où l’on se préoccupe constamment, dans les sociétés contemporaines, d’assurer, dans le sens kantien, le plein développement des « capacités » ou facultés de tous les habitants, et d’employer à cette fin les ressources communes (protection sociale, éducation, santé, etc.). Cette préoccupation apparaît aujourd’hui à peu près partout en position centrale.

Pourrait-on, de la sorte, se préoccuper pareillement, dans les différents clubs et ateliers de l’association, de ce que pourrait y être son « utopie » particulière ? C’est-à-dire de l’atteinte d’un état apte à représenter la finalité de ce qui est l’objet de l’attention ?

Ce pourrait certainement être le cas en ce qui concerne le club « Jardin planétaire ». Son nom même est là pour signifier que la Terre devrait être transformée en un jardin, où la nature serait respectée, et l’empreinte de l’homme réduite à ce qui pourrait se voir continuellement compensé. Ce l’est plus difficilement en ce qui concerne l’Espace, où le rêve prométhéen tient certainement sa place. Mais ce pourrait l’être dans le cas de l’Énergie, dans la mesure où ce qui est recherché est bien la mise en œuvre de ressources d’énergie ne contribuant pas à la poursuite de l’émission de gaz à effet de serre, sans négliger pour autant la poursuite de la croissance économique et les autres contraintes en l’absence desquelles l’économie risque de tomber dans d’inquiétantes pannes.

En matière de santé, d’urbanisme, de cités marines, le besoin de compenser de façon humaniste les risques impliqués pourrait également se voir assez rapidement mis en lumière. Ainsi, chaque sujet d’étude est susceptible de se voir examiné dans le sens de l’atteinte ou non de ce qui peut être tenu pour constituer sa propre utopie.

Ce qui est sous-entendu dans cette façon de faire est que, derrière l’activité individuelle présente dans chaque domaine ou secteur, il y a la conception selon laquelle les humains sont unis par les idées qu’ils partagent. Donc que la société existe (à l’encontre de l’affirmation de la première ministre Margaret Thatcher, selon laquelle, s’il y a des individus et des familles, la société, qui n’est pas un être pensant, n’existe pas).

La notion d’une utopie propre à chaque domaine particulier est liée à l’importance d’une idée ou ensemble d’idées. C’est parler de leur pouvoir, comme inspirateur d’activités, et source de communication des uns aux autres. Si les habitants d’un pays se tiennent plus ou moins bien ensemble, c’est dans la mesure où ils partagent des manières d’être, des idées ou croyances. Et s’il y a parfois méfiance vis-à-vis des institutions et pouvoirs publics, ou des uns aux autres, c’est dans la mesure précisément où ces idées communes semblent manquer.

Ce que représente aujourd’hui une utopie est bien montré par l’ouvrage de Jeremy Rifkin intitulé The European Dream (2004), (traduit en français Le rêve européen, 2005) ; même si, avec le sous-titre How Europe’s Vision of the Future is Quietly Eclipsing the American Dream, et au long du texte, il se donne beaucoup de mal pour ne pas utiliser ce mot. Son argument est que les travailleurs américains, disposant d’un niveau de vie, au début du XXe siècle, facilement trois fois plus élevé que celui des travailleurs européens, n’avaient pas besoin des visions européennes d’une société utopique. Mais le résultat serait que aujourd’hui, alors que l’esprit américain tend à se languir de son passé, l’Europe, avec son rêve d’une société appliquée à évoluer, serait mieux adaptée au stade suivant du voyage de l’humanité, amenant notre espèce « à une conscience de soi adaptée à une société globale interconnectée ». Une réponse serait ainsi donnée « aux multiples insuffisances de l’ère moderne », et, ajoute-t-il, au pessimisme de ceux qui se disent des postmodernes.

Sans doute, ce « rêve européen » dont parlait Rifkin est-il fort loin d’une réalité. Et s’il y a bien là une utopie pouvant servir d’inspiration, les effets en restent peu reconnus. Néanmoins, on peut voir là un exemple de ce que pourrait être une utopie dans le sens esquissé plus haut.

Ces observations aident à comprendre dans quel sens l’activité du club « Utopies » peut elle-même être orientée, et l’a été effectivement jusqu’ici. Il ne doit guère s’agir de discuter de ce que les utopies anciennes, ou des versions nouvelles de celles-ci, peuvent signifier pour les temps présents. Ses tâches apparaissent bien plutôt comme d’aider à discerner, dans chacun des sujets qui intéressent l’association, les éléments pouvant être constitutifs de « son » utopie. C’est en fait ce qui s’est fait jusqu’ici. Ce qui explique que, si les membres du club sont peu nombreux, les conférences, ateliers ou colloques organisés en son nom l’ont tous été en collaboration étroite avec des spécialistes des autres sujets.


Vers un cerveau mondial ?

Atelier-club dirigé par Bruno Meyer

La révolution de l’arrivée de l’Internet et des nouveaux moyens de communication a été d’une ampleur et d’une rapidité rarement vues dans l’histoire de l’humanité. De nouvelles technologies, des usages innovants qui auraient semblé improbables et qui deviennent indispensables, des communautés mondiales gigantesques qui se forment en quelques mois : le bouleversement permanent dans lequel nous vivons ne donne pas de signes d’essoufflement.

La multiplication de capteurs avec capacité de calcul et de transmission d’information entre eux permettra poursuivra sa croissance exponentielle.

Prédire ce qu’il en sera dans des dizaines d’années est un pari audacieux ; imaginer le paysage des communications à horizon 2100 relève de la gageure. La vision prospective qui sera menée ici consistera à donner des aperçus de visions possibles de l’avenir, en réunissant des visions diverses, provenant du monde des technologies des télécommunications, de la gestion des bases de données, des sciences cognitives et des sciences humaines.

Des perspectives inouïes

En 2015, les mots « big » et « smart » s’appliquent aux données, mais ils peuvent l’être aussi selon les angles de vue suivants :

  • Les sources d’information partagées ;
  • Les canaux de transmission ;
  • Le suivi des données en temps réel ;
  • Les historiques et les analyses croisées de ces données sur de longues périodes et pour des secteurs et périmètres étendus;
  • Les calculs prévisionnels à partir de ce corpus d’informations.

Dans les prochaines décennies, le « big » deviendra « giga » offrant des opportunités formidables. Quelles conséquences de tels bouleversements auront-ils sur nos vies et nos comportements ? Le futur immédiat laisse déjà entrevoir une révolution dans une myriade de secteurs :

  • Les vies professionnelles et personnelles ;
  • Les relations interpersonnelles ;
  • Le travail collectif ;
  • L’organisation des entreprises ;
  • L’économie ;
  • La finance ;
  • L’énergie ;
  • L’éducation ;
  • La santé ;
  • L’agriculture ;
  • La biodiversité ;
  • Les transports ;
  • La sécurité des biens et des personnes ;

La mise en commun, le traitement et l’historique d’informations les plus variées ouvrent des paysages qui paraissaient utopiques.

Des points de vigilance

Quelles seraient les conséquences si les sources de données deviennent des « oligopoles » ?

  • Risques d’informations biaisées ?
  • Risques d’une propagation instantanée d’informations fausses ?

La dépendance de pans entiers de l’économie, de la vie quotidienne, de la santé publique ou de l’éducation à ce nouveau mode de communication est aussi un facteur de fragilité (pannes de tous types) et des menaces (cyber-attaques, dégradation des infrastructures).

Vers un Cerveau Mondial ?

L’avenir de ce partage mondial d’information avec des mises à jour en temps réel peut-il être perçu comme un « Cerveau mondial » ? Cerveau qui agirait sur des échelles allant de l’individu à la planète en irriguant tous les secteurs de la société.

Pour animer les travaux de ce Club, une équipe sera constituée (cf.la charte des clubs données ci-après) pour lancer des thèmes d’analyse, identifier et inviter des intervenants, animer des débats, consigner les principales conclusions de ces échanges.

Thèmes de conférences possibles, suggestions de conférenciers

  • L’internet des objets/Machine to machine ;
  • L’agriculture et lien avec capteurs et chroniques météo ;
  • La gestion des réseaux d’eau ;
  • L’avenir de la téléphonie mobile ;
  • L’avenir des Data Center et des réseaux télécoms mondiaux ;
  • La cybersécurité ;
  • Le cerveau, les capteurs, les exosquelettes ;
  • La télé-médecine ;
  • Les nano-technologies et la santé : de la peau avec des capteurs, reliés par l’internet des objets à des bases de données et des puissances de calcul mondiales ;
  • Les nano-technologies et les bâtiments : de la peinture avec capteurs, etc.
  • Les véhicules à pilotage automatique ;
  • La sociologie de l’apprentissage (et risque d’ « analphabétisme ») ;