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La Perspective numérique

Lieu: ISEP
Heure début: 17:30
Date: 2011-03-30

Conférence 2100 numéro 131, en partenariat avec la Société européenne de l’Internet

Prospective de la perspective numérique
par Olivier Auber, artiste chercheur dans le domaine des réseaux,
vice-président de la Société européenne de l’Internet,

http://perspective-numerique.net et http://km2.net

Présentation :
L’exercice consiste à examiner les termes de la conjecture suivante : avec l’irruption des réseaux et du numérique, nous serions en train de construire, et de nous acculturer à -, deux nouvelles « perspectives », non plus visuelles, mais « anoptiques », c’est à dire non-optiques, en rupture avec la perspective spatiale qui constitue notre modèle de représentation majeur depuis la Renaissance…
Ces deux perspectives, dites « temporelle » et « numérique », particulièrement prégnantes dans les systèmes synchrones tels Twitter, Facebook, Skype, etc, seraient en passe de devenir le filtre majeur des jugements communs (doxa) que nous portons sur les réseaux. A notre insu, elles orienteraient déjà nos achats et nos usages en matière de téléphonie mobile, de jeux vidéo, d’énergie ou de service bancaire… Par contagion, à l’instar de la propagation dans les esprits du modèle de la perspective spatiale à la Renaissance, elles influenceraient bientôt nos jugements sur l’ensemble des objets techniques : l’automobile, la ville, l’architecture, les produits alimentaires, les médicaments, les prothèses du corps, etc. L’irruption de ces perspectives anoptiques constituerait donc un véritable changement de paradigme en matière d’imaginaire de la technique. Une conséquence sans doute positive serait que la doxa actuelle, souvent construite par désir mimétique, laisserait la place à une certaine connaissance conceptuelle (dianoia) de la manière dont la doxa elle-même se forme et s’exerce sur nous. Cela ne serait pas sans conséquence, aussi dans le champ économique et politique…
Lors de cette réunion, j’ai essayé de partager certaines clefs de compréhension de la nature de ces perspectives et de leur impact sur les imaginaires. Plutôt que tenter de prévoir les conséquences qu’elles induiront dans tous les champs de l’activité humaine, et de tenter prudemment de montrer comment elles pourraient fournir un ensemble d’outils conceptuels simples pour imaginer et construire dans le futur. Car à mon sens, que nous soyons scientifique, designer, industriel, politique, ou simple honnête homme, nous pourrions tous être bientôt transformés en « nouveaux perspecteurs »


L’Internet des objets

Lieu: ISEP
Heure début: 17:30
Date: 2011-04-06

Conférence 2100 numéro 132, en partenariat avec la Société européenne de l’Internet
par Philippe Gautier,
Directeur général de Business2Any,
www.business2any.com

La généralisation des technologies sensorielles (RFID, GPS, NFC…) et de mobilité (3G, M2M…) ouvrent un champ immense pour des applications d’un nouveau type qui intègrent les « objets intelligents ». Internet, aujourd’hui omniprésent, permet en effet de doter les objets inertes d’un « double informatique virtuel » contenant leur intelligence et de les transformer en véritables acteurs des chaînes de valeur ou des processus dans lesquels ils sont engagés, ainsi que de communiquer avec leur entourage. Les objets deviennent ainsi capables de prendre des décisions dans la conduite des processus, piloter leur propre comportement ou assister leurs utilisateurs.

Dans l’Internet des objets, les acteurs des chaînes de valeur sont désormais les humains, les systèmes informatiques, les organisations… et les objets !
Cette présentation vous permettra de comprendre les enjeux et anticiper les révolutions à venir.

Inscription nécessaire par mail (rf.oo1498590174danaw1498590174@spma1498590174hcsed1498590174-eila1498590174htan1498590174) ou par courrier (CONF 21OO N°132 – Annonce et Bulletin d’inscription au format pdf, cliquer ici !)


La révolution cognitive

Vers la dématérialisation de la technique
En étudiant l’état de la technique contemporaine, il m’est apparu que nous vivions aujourd’hui une transformation encore plus importante que la révolution industrielle et la révolution agraire du moyen âge. Pourquoi ? parce que, avec la transmission instantanée du son et de l’image, on change d’écriture. On écrit de plus en plus en audio-visuel, et cela transforme insensiblement la substance même de la civilisation. Depuis la Mésopotamie, la “microphysique du pouvoir” s’appuie sur l’écriture. Elle sert à prendre acte des droits de propriété, à mémoriser les transactions, à afficher les lois de la cité… La Révolution Industrielle peut être analysée comme une conséquence lointaine du développement de l’imprimerie. Celle qui se présente devant nous est un bouleversement bien plus radical encore. Elle change tout. Le support : plus de papier, il devient magnéto optique. Les vitesses d’écriture et de lecture : elles vont un milliard de fois plus vite que l’homme. La transmission : elle se fait à la vitesse de la lumière, d’un bout à l’autre de la planète. Le contenu : il montre des images et des sons, soit un rendu de la réalité plus présent que la réalité elle-même.
Malgré l’exceptionnelle nouveauté de ce changement technique, on peut quand même essayer, en procédant par comparaison avec les transformations antérieures, de décliner les différents aspects de la technologie future et des organisations qui l’accompagnent. En examinant les quatre pôles des techniques contemporaines : les matériaux, l’énergie, la relation avec la vie (biologie) et celle avec le temps (microélectronique), nous pourrons prendre une première mesure des effets de la mutation en cours. Après quoi je résumerai dans un tableau synthétique les systèmes techniques successifs engendrés par les déstabilisations occidentales : le système médiéval, le système industriel et celui qui est en gestation.
Les quatre pôles sont simultanément activés :

• les matériaux ;
• l’énergie ;
• la structuration du temps ;
• la relation avec le vivant, de la biotechnologie à l’écologie planétaire ;
Ce schéma en forme d’arbre illustre la différence de notre approche avec celle de nos prédécesseurs. En 1970, sortait un livre resté célèbre chez les prospectivistes : “Halte à la croissance”. Son auteur : le “club de Rome”, un groupe international d’hommes de bonne volonté, certains venant de l’industrie (Peccei, de la Fiat), d’autres de l’université (le Pr Meadows). Ce club s’était intéressé à l’axe horizontal “matériaux-énergie”. Il disait en substance : nous consommons de plus en plus d’énergie et de matières, dont une grande partie est non renouvelable, et nous allons nous trouver à court de ressources. Il faut tout arrêter, il y a des “limites à la croissance”. A l’entendre, l’avenir promettait surtout des catastrophes. L’humanité inconsciente allait se cogner contre les limites de la planète. Tel un véhicule lancé à toute vitesse, elle n’était plus en mesure de négocier le virage, et allait de partir dans le décor. Son message était un cri d’alarme : arrêtez tout ! Cette position a fâché les industriels avec la prospective pendant une vingtaine d’années. Ils ont senti confusément monter des forces hostiles. Voyant sur le terrain que la situation n’était ni critique, ni sans issue, mais n’ayant pas d’alternative à proposer, les entreprises ont fait le gros dos, et se sont contentées de parler de l’avenir le moins possible. La génération “no future”, pendant ce temps, grandissait dans le malaise, coincée entre le pessimisme écologique et l’affairisme amoral.
Depuis ce cri de Rome (1970), il n’y a pas eu de crise des matières premières et celles de l’énergie (les “chocs” pétroliers successifs), ont été surmontées. C’étaient des réajustements de prix, aux termes desquels les consommations ont fléchi. Le dogme d’une croissance indéfinie des “besoins” n’était qu’une illusion. L’horizon d’une rupture catastrophique et définitive des approvisionnements, comme tous les horizons, s’éloigne à mesure qu’on s’en rapproche. Le Club de Rome, voyant ses prédictions contredites par les faits, a fait amende honorable, ce qui doit être mis à son actif, mais il n’a pas pour autant changé sa lecture de l’économie. Car, pour passer à une autre façon de penser, il faut remettre en cause des présupposés beaucoup plus profonds, changer de position philosophique et de regard sur les sociétés. C’est ce que nous proposons : quitter le point de vue qu’on appelle d’habitude matérialiste. Ce qui nous y conduit, c’est paradoxalement le lieu où la matière est le plus présente, à savoir la technologie.
Le couple matière énergie est moins prégnant qu’on le pensait alors. Aujourd’hui c’est l’axe vertical le plus déterminant pour le futur. Or, cet axe-là n’était pas présent il y a vingt ans : le microprocesseur a été lancé vers 1972, et les instruments de la biotechnologie (les ciseaux et la colle nécessaires pour modifier le code génétique) datent de 1974. Cet axe nous ramène à des questions fondamentales : qu’est-ce que le temps ? qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que la conscience ?
Les matériaux se multiplient
Dans une simple chaussure de sport, il y a onze variétés de polymères différents. Il fut un temps, pendant les années 70, où Du Pont de Nemours tentait de commercialiser un substitut du cuir, le Corfam. Ce fut un échec. Maintenant, on n’essaye plus de remplacer le cuir par un seul matériau. On en combine onze différents, chacun spécialisé dans une fonction particulière de la chaussure. La technique moderne, c’est la diversité, l’allègement, la “substituabilité”, et demain aussi, la “recyclabilité”. Il n’y a pas de crise d’approvisionnement. Si un matériau vient à manquer, il y a toute une collection de remplaçants possibles. D’autre part, les matières modernes sont plus légères que par le passé, et deviennent réutilisables. La bouteille de verre usuelle, de 75 centilitres, pesait 170 grammes en 1974 ; elle n’en pèse plus que 95 en 1990, et on commence à la recycler.
En regardant du côté de la petite entreprise (un fabricant de jouets par exemple) on voit le contraire d’une pénurie : un hyperchoix. Le technicien se trouve devant tant de possibilités qu’il ne sait laquelle prendre. On lui propose à cet effet des méthodes, (“l’analyse de la valeur”), qui consistent à examiner pas à pas chaque fonction élémentaire, puis à choisir, avec l’aide de banques de données, la manière la plus économique et efficace de la remplir. Ainsi, pour les matériaux, on attendait un manque, et c’est le trop plein. On craignait la soif, nous voilà dans l’ivresse.
Le marché des matières premières est de plus en plus concurrentiel. On ne fait plus fortune dans les mines ou la sidérurgie. Les marges sont laminées par la concurrence, même pour l’aluminium, le plus moderne des grands métaux. La force mécanique qui éventre les montagnes pour en extraire le minerai n’est plus la valeur dominante. Elle laisse place à l’intelligence, la diversité des choix et la définition de matériaux mieux adaptés à leurs usages. Que ce soit dans l’acier ou dans la chimie, les fabricants se reportent vers des produits spéciaux, plus raffinés, où ils peuvent retrouver de nouvelles marges.
Ainsi, la compétition engendre la diversité. Voyez le marché des emballages. L’« homo economicus » des régions développées en consomme plus de deux fois son propre poids par an (120 kg). Mais on y trouve pêle-mêle du papier, du bois, des plastiques, des élastomères, de l’acier, des métaux non-ferreux. Un même jus de fruit par exemple, peut être délivré au consommateur dans une bouteille de verre, du carton plastifié, ou une canette à ouverture facile en aluminium. Les fournisseurs de ces différents produits, en compétition permanente les uns avec les autres, ajustent leurs prix au maximum. Ce n’est plus la quantité qui fait le profit, mais l’avantage qualitatif : un brevet particulier pour un revêtement ou un assemblage, ou encore un design original.
En fait, la matière n’est plus tout à fait de la matière. Ou plutôt, le regard que nous portons sur la matière n’est déjà plus vraiment matérialiste. La relation que l’on entretient avec elle se métamorphose. Elle devient de plus en plus intellectuelle et de moins en moins charnelle. À une matière inerte, lourde, charriée en tonnes, broyée, brûlée, fondue, coulée, laminée ou extrudée, succède une matière allégée, arachnéenne, mousseuse (on fait mousser, non seulement le plastique, mais aussi l’argile, le plâtre et même le béton), réduite à ses caractères d’usage, disciplinée par le calcul pour un cahier des charges prédéterminé. Les chimistes savent maintenant bricoler les molécules de polymère, et les dessiner en fonction des propriétés désirées. Ces “techno polymères” se comptent en milliers d’espèces différentes et sont vendus sur catalogue. En intervenant avec de plus en plus de finesse, jusqu’au niveau de l’arrangement des atomes, on transforme profondément la nature même de la relation, et donc la représentation que l’homme se fait de la matière.
L’industrie, fière de la force de ses machines, comptait volontiers en tonnes. Au milieu du vingtième siècle, on mesurait encore la puissance des nations aux tonnages d’acier et de ciment qu’elles fabriquaient : plus d’une demie tonne d’acier par habitant et par an ! Chacun pouvait être fier de consommer dix fois son propre poids de ce métal, symbole de richesse et de pouvoir militaire. L’acier, c’étaient aussi des canons, des obus, des blindages, des cuirassés et des chars. On sentait derrière cette évaluation la présence du travailleur de force, démultiplié par des machines. Les regards des dirigeants, captivés par ces images titanesques de la terre fouillée par les engins, n’ont pas vu venir la bataille des matériaux fins. La fibre de carbone et le kevlar par exemple, qui résistent à la traction bien plus que l’acier, sont aussi plus légers et moins repérables par les radars. Ces matériaux allégés à haute résistance sont désormais à la base de la puissance, même militaire, alors que quelques millions de tonnes d’acier supplémentaires n’y changent plus rien.
C’est au début du vingtième siècle que tout a silencieusement basculé. La matière, même vue au microscope, n’avait pas encore livré ses secrets. La lumière elle-même, tantôt onde, tantôt corpuscule, laissait les savants dans l’embarras. Lorsqu’il devint possible de voir, non plus le millième de millimètre, mais le dix millionième, soit dix mille fois plus finement, la représentation de la matière commença la plus extraordinaire transfiguration. À ce niveau de finesse, en effet, tout est vibration. L’impression de solidité, d’inertie, de dureté, de cohésion, les résistances à la traction, à l’écrasement, aux chocs d’où viennent les performances des “épées” comme celles des “boucliers”, ne sont que l’expression de l’harmonie de minuscules vibrations élémentaires, celles des électrons dans les atomes. Et ce sont les écarts, les sauts vibratoires de ces électrons, qui produisent les couleurs de nos objets familiers.
Toutes les bases de notre perception sensible sont à revoir. Ce qui semble la clef de la puissance, ce qui paraît assurer la stabilité, la sécurité et le poids des choses n’est autre qu’une collection d’oscillations entremêlées qui sont associées aujourd’hui, et pourraient peut-être aussi bien se dissocier demain. Et c’est grâce au calcul vibratoire qu’on peut concevoir des matériaux modernes aux propriétés stupéfiantes. Pendant que les physiciens et les chimistes découvrent cet univers fantastique, les techniciens continuent leur savoir-faire ancien. Le décalage entre les deux n’est pas encore résorbé.
Au fond, osons le dire, chacun s’interroge : si tout est vibration, et si les différences vibratoires donnent de la lumière, que sommes nous, êtres vivants ? Peut être des porteurs de lumière, et certainement bien autre chose qu’un morceau de glaise parcouru d’un souffle, comme le voulaient les anciens mythes. Ainsi, rien qu’en regardant la matière, nous voyons non seulement les anciens présupposés matérialistes s’effacer, mais aussi les représentations traditionnelles du monde, issues de plusieurs milliers d’années de tâtonnements, remises en cause.
L’énergie est maîtrisée
Evidemment, les équilibres sont plus préoccupants en ce qui concerne l’énergie. Chacun se souvient de la “facture des chocs pétroliers”, pour en avoir éprouvé personnellement les conséquences, et des bouleversements géopolitiques qui s’ensuivirent.
Néanmoins, la transformation à l’œuvre est la même que celle que je viens d’évoquer pour la matière. Les sources d’énergie font appel à des mécanismes de plus en plus fins, en relation directe avec cette micro-structure de la matière où la particule et la vibration se rejoignent. C’est le cas, par exemple, des photopiles, qui captent l’énergie solaire parce que leur configuration cristalline intime laisse les photons venus du soleil “pousser” les électrons, ce qui produit directement un courant électrique. C’est le cas aussi, évidemment, pour l’énergie nucléaire. Celle-ci descend même à un niveau de finesse supplémentaire, celui du noyau des atomes, où la matière peut se transformer directement en énergie. On peut, là aussi, malgré les extraordinaires puissances mise en jeu, parler de dématérialisation de la technique.
Autrefois, l’énergie était transmise par contact, que ce soit pour la chaleur ou la force mécanique. Maintenant, elle est transmise de plus en plus par l’électricité. L’électrification de la planète est sans doute, avec la construction du réseau de télécommunication, l’étape décisive du nouveau système technique. Aujourd’hui, on transmet le courant par des fils de cuivre ou d’aluminium. Demain, ce sera peut-être par micro-ondes, c’est à dire sans support matériel, comme on le fait déjà pour les faisceaux hertziens de communication, qui remplacent les vieilles lignes téléphoniques.
La maniabilité de l’électricité est la source principale d’économies d’énergie. Un regard attentif porté sur les consommations actuelles, produit par produit, ressort effaré du gaspillage énergétique de notre civilisation. Votre frigidaire : il pourrait consommer trois fois moins s’il était mieux isolé. Votre chauffage aussi, si votre maison était munie de doubles fenêtres, et avait un peu plus de mousse ou de laine de verre isolante dans les murs et sous le toit. Votre automobile également pourrait consommer deux ou trois fois moins de carburant au cent kilomètres. Comment cela ? imaginez ce que vous gaspillez en freinage, qui présente en plus l’inconvénient de cracher dans l’environnement des particules d’amiante. Supposez que vous puissiez stocker cette énergie (dans un volant d’inertie, comme pour les jouets, ou dans une bouteille de gaz comprimé), et l’utiliser pour vos reprises. C’est ce que l’on appelle un véhicule hybride, dont le principe est connu depuis plus de cinquante ans. En ville, il consomme moins de la moitié d’une automobile ordinaire. Mais il faut, pour le mettre sur le marché, faire évoluer le système technique automobile, encore tout imprégné de la logique des mécaniciens. Il faudrait qu’il passe à la transmission électrique, dont la maniabilité permet les hybrides.
Je pourrais ainsi continuer à passer en revue la plupart des appareils domestiques ou professionnels. Chaque fois, je noterais que les techniques connues permettent de diviser par deux, trois, voire dix les consommations d’énergie pour un même service rendu. Une évaluation d’ensemble a été faite par quatre experts ; elle conclut que les pays développés pourraient conserver et même améliorer leur niveau de vie en consommant dès 2020 2,4 tonnes d’équivalent pétrole par habitant, au lieu de 4 actuellement pour l’Europe et 7 pour les Etats Unis.
Globalement, l’utilisation de l’énergie est déjà de plus en plus efficace. Les économistes observent que, pour produire la même quantité de richesse, il faut de moins en moins d’énergie. Nous l’utilisons de mieux en mieux, de manière plus productive, et surtout avec plus d’intelligence. Le rapport à l’énergie, comme celui que nous entretenons avec la matière, devient de plus en plus intellectuel. La courbe du nombre de tonnes d’équivalent pétrole nécessaire pour produire mille dollars de valeur ajoutée descend régulièrement. En 1860, il fallait en moyenne 1,2 tonnes d’équivalent pétrole pour produire mille dollars de valeur ajoutée ; en 2040, il en suffit de 0,2, soit six fois moins ! Les pays qui se développent rattrapent en quelque sorte “le train en marche”. L’intensité énergétique diminue avec le temps, et la productivité de l’énergie est de plus en plus élevée.
On ose remanier la vie
Ainsi, la question énergétique, finalement, n’est plus, comme le croyait le club de Rome, celle de la limitation des ressources. Bien avant l’épuisement des gisements de pétrole et de charbon, il faudra limiter la consommation d’énergie à cause de l’effet de serre. L’énergie est désormais soumise à celle de la préservation de la Nature, c’est à dire de la relation au vivant.
L’état de la Nature aujourd’hui est préoccupant : les zones forestières, mitées, sont en danger. Les cosmonautes, après être allés voir de là-haut à quoi ressemble la terre ont tous une extraordinaire impression de fragilité. Cette petite pellicule de vie à la surface du globe leur paraît menacée. Plusieurs d’entre-eux sont devenus des écologistes militants. Ils ont alerté sur l’effet de serre, la désertification, la couche d’ozone, et surtout la déforestation, cause de disparition de plantes et d’insectes. On estime que, sur un patrimoine écologique d’une dizaine de millions d’espèces animales et végétales, il en disparaîtrait cinquante mille par an. Ce qui voudrait dire qu’en deux cents ans (un court instant à l’échelle des 3,5 milliards d’années de la Vie) nous aurions épuisé toute la biosphère, et transformé la planète en un désert stérile !
Les mêmes techniques permettent de bricoler les molécules de plastique, et de manipuler les codes génétiques. Peut-être, par ce moyen, pourrons nous dans quelques décennies remplacer les espèces disparues. Peut-être, mais la perspective que la vie puisse être industriellement manipulée suscite des prises de conscience. On ne s’est pas beaucoup préoccupé des ressorts profonds à l’œuvre dans ces mutations calculées. Dès lors que les produits marchands sont plus performants et moins chers, pourquoi s’inquiéter ? Mais voici qu’apparaît la silhouette du démiurge. La création industrielle s’attaque à la créature, et prétend manipuler cet endroit sensible entre tous où gît l’identité : le gène.
L’opinion est profondément inquiète à l’idée qu’on puisse un jour intervenir sur le génome humain. Plus d’une centaine de maladies d’origine génétique, comme l’hémophilie, sont guérissables par ce moyen. Mais par delà ces éléments positifs, on redoute la présence d’un eugénisme “soft”, qui fabriquerait en série de hommes sur mesure, conformés pour des tâches prédéterminées. En poussant la fiction jusqu’au bout, on imagine une espèce humaine se subdivisant. Les uns ont des branchies et vivent dans les océans, les autres sont allégés, et vivent dans l’Espace…
Mais ces fictions sont au delà du 21ème siècle. Dans la manipulation du gène, on opère d’abord sur les êtres les plus simples. En 1973, quand Cohen et Boyer introduisent pour la première fois un fragment de gène étranger dans un programme génétique, c’est dans celui de la plus simple des bactéries, “Escherichia Coli”, être unicellulaire, à qui l’on put, par ce moyen, “apprendre” à sécréter de l’insuline. La première utilisation industrielle des manipulations a donc été la fabrication d’un médicament.
La seconde est agricole. Dix ans après, en 1983, on arrive à “vacciner” génétiquement un plant de tabac de manière qu’il résiste à un antibiotique. C’est un tout premier pas, bien timide. On sait pouvoir améliorer la résistance et la productivité de bien des plantes par ce moyen. On pense arriver à diminuer les besoins en engrais azotés, en leur apprenant à capter directement l’azote de l’air. On sait aussi pouvoir fabriquer par manipulation des fleurs inconnues aux parfums rares et aux couleurs étranges.
La troisième est la production d’animaux génétiquement manipulés, que l’on appelle aussi chimères. Les premiers résultats sont décevants. On a mis la connaissance au service de la productivité, dans cet univers concentrationnaire que sont devenus les élevages industrialisés. Plus d’hormone de croissance donne plus de viande, sans doute, et alors ?
Pour ce qui est du génome humain, il est comme un mot de trois milliards de lettres, dans lequel il faut identifier le rôle des quelques milliers de séquences qui sont chacune comme un moule où viendraient se construire chaque protéïne de notre corps. La complexité même de la vie, et la difficulté à intervenir au niveau de finesse des molécules, laissent présager des expériences pendant les trente prochaines années, mais pas de transformation de société avant la seconde moitié du 21ème siècle, sauf peut-être par diffusion de plantes plus résistantes et productives. Les rendements des grandes cultures devraient augmenter d’environ 15% entre 1985 et 2000 par suite de l’introduction de plantes hybrides et transgéniques”.
Mais l’intervention humaine sur le règne végétal ne date pas d’hier. Douze mille espèces végétales étrangères ont été introduites en Europe au cours de son histoire. Parmi elles, on trouve la pomme de terre, qui vient du Pérou, le blé, qui vient de Mésopotamie, la tomate, qui vient du Mexique, le maïs, qui vient aussi d’Amérique où il constituait l’aliment de base des Indiens. En migrant, elles ont évolué : l’épi de maïs mesurait deux centimètres il y a 7000 ans. Il en mesure vingt aujourd’hui, par suite des sélections et croisements qu’il a subis. Depuis les débuts de l’agriculture, il y a dix mille ans, l’Homme a sans relache transformé la Nature en une techno-Nature.
Les cris d’alarme ont-ils eu un effet quelconque ? Le mouvement entamé n’est-il pas trop puissant ? Déjà, dans un domaine voisin, il y a dix ans, on s’inquiétait de la fécondation in vitro. Depuis, les inquiétudes sont restées les mêmes, mais le nombre de bébés éprouvettes se compte en milliers. Le processus s’est industrialisé en catimini. On sait que la biologie touche à quelque chose de sacré, mais on ne sait pas très bien quoi, car la définition même de la vie est à revoir.
La matière et l’énergie sont une seule et même chose, car elles sont liées entre elles par la relation d’Einstein : E=mc2. Autrement dit, la matière est de l’énergie condensée. Le couple matière-énergie contient à lui tout seul une vision du monde, la vision dite matérialiste. Les recherches en intelligence artificielle et l’évolution des biotechnologies nous appellent à un autre regard. La définition même de la vie et du temps sont en cause. La vie et le temps sont tout aussi indissociables que la matière et l’énergie. Le temps définit la vie par ses rythmes, et la vie définit le temps par sa mémoire.
La contraction du temps
Néanmoins, le mystère de la vie reste toujours présent, et se manifeste même là où tout semblait mis au carré par l’homme, ne laissant plus aucune place à l’imprévu. Un programme d’ordinateur, inspiré par la théorie des fractales peut dessiner des simulations d’êtres vivants. Aujourd’hui avec les virus informatiques, des êtres se reproduisent à l’intérieur de la mémoire des machines et deviennent incontrôlables. En intelligence artificielle, les logiciels les plus efficaces (dits connexionnistes) sont ceux qui gardent en eux un jardin secret, par opposition aux précédents qui voulaient tout expliciter sous forme de règles. Jardin secret, incontrôlables… les caractères de la vie réapparaissent là où on les attendait le moins, dans la mémoire des ordinateurs. Pourquoi cela ? À cause des fantastiques vitesses de calcul de ces machines.
L’écriture technique est remaniée de l’intérieur par une formidable contraction du temps, dûe au microprocesseur et à la possibilité de programmer (étymologiquement écrire à l’avance) des processus qui se déroulent aujourd’hui en nano-secondes (10-9s) et demain avec l’ordinateur optique en femto-secondes (10-15s). Le temps du moyen âge était rythmé par le clocher du village ; celui du taylorisme de la société industrielle chronométrait, à la seconde près, les gestes du travailleur sur la chaîne. Brusquement, on descend au milliardième de seconde, bien au delà du seuil de la perception humaine. D’où des effets hallucinogènes : les machines deviennent capables de “prendre la tête” de leurs usagers.
Toutefois, les transformations résultantes ne se feront sentir que progressivement au cours du 21ème siècle. Au milieu des années 90, les vitesses de calcul des matériels de grande diffusion atteignent seulement des valeurs compatibles avec le travail d’un professionnel sur une image couleur haute définition. Elles sont encore très insuffisantes pour traiter l’image animée et le son. Mais on sait qu’elles seront suffisantes dans moins d’une dizaine d’années.
La radio, la télévision, le téléphone et le micro-ordinateur sont des instruments diffusés dans le monde entier (un milliard de téléviseurs pour cinq milliard et demi d’habitants). Même dans leur forme initiale, ils n’ont pas encore irrigué les classes les plus pauvres. Ils y arrivent d’abord comme machines fascinantes (radio et télé), suscitant l’envie d’un ailleurs inaccessible. Elles créent des frustrations par millions et stimulent en même temps le désir de s’échapper. Il faut attendre avant que s’ouvre la possibilité de répondre au message. Le téléphone arrive après, et il ne laisse passer que la voix. Le visiophone passant par la ligne téléphonique est encore expérimental, mais très prometteur pour la qualité des relations.
D’ici l’an 2000, les téléphones portables et les ardoises électroniques (peut-être fusionnées dans un même objet) seront largement diffusés dans les couches les plus économiquement actives de la population mondiale. Elles favoriseront la percée des petites entreprises individuelles. Le traitement bureautique de la couleur sera mis à la portée des petites entreprises. La fabrication de vidéos en images de synthèse commencera dans quelques établissements d’enseignement. Une génération après, l’écriture audiovisuelle sera d’un maniement courant L’industrie hallucinogène fera partie du quotidien.
Nous sommes là en face d’une question très profonde. Elle touche à la fois la rationalité, le désir de maîtrise, et la définition même du vivant. On, dit qu’au 21ème siècle nous allons créer des êtres “intermédiaires” qui ne seront ni vivants, ni inanimés. Certains se promèneront dans la mémoire des machines, d’autres seront des chimères, manipulés biologiquement.
En effet, il y a quelque chose de commun entre un code génétique et un programme d’ordinateur. Un code n’est pas autre chose qu’un programme, un programme est un code. Ceux des virus informatiques ont en commun avec le vivant de se reproduire, chacun à sa manière. La question sera de savoir comment vont être engendrés ces êtres vivants, s’ils seront préservés, et ce que l’on veut en faire.

Système technique agraire médiéval 
(11°-13°->18° siècles)
Système technique du machinisme industriel (18°-20° siècles)

Les matériaux
Le bois, la pierre, le fer. Le fer était un matériau surtout militaire (les épées et les armures). Après le départ des croisades (1096), il diffuse dans l’agriculture (pelles pioches, râteaux, herses, faux). Le soc de charrue en fer permet les grands défrichements.
L’acier (pour toute la mécanique), puis le béton (symbole des grandes villes), le cuivre (pour l’électricité et la plomberie), le caoutchouc (pour les pneumatiques), puis l’aluminium (pour l’aéronautique). La puissance se mesure en millions de tonnes d’acier, de charbon ou de pétrole.

L’Energie
Traction animale (collier d’attelage). Le moulin à eau, connu depuis les Romains comme outil de meunerie, est utilisé pour couper le bois, actionner des soufflets de forge, fouler le drap… C’est une pré-industrialisation, expérimentée et diffusée par les monastères cisterciens.
La machine à vapeur (pour les trains et la force motrice des usines), puis le moteur à explosion (pour l’automobile) et les réacteurs (pour l’aviation). La source d’énergie est chimique : la combustion. Le système industriel se développera jusqu’à épuiser les gisements de combustibles (charbon, pétrole, gaz).

La Nature
Sélection des semences et des animaux, inspirées par les premiers manuels d’agronomie circulant entre les monastères. L’agriculture décolle du seuil où la récolte est juste suffisante pour réensemencer, une fois nourris la population et les animaux. Déboisements dûs aux défrichements. Le système agraire se développe jusqu’à saturer le territoire (1315)
La vaccination (Pasteur), puis les antibiotiques (Fleming) font reculer les maladies microbiennes. L’industrialisation de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche multiplie la productivité et dépeuple les campagnes. Les risques de la pollution rendent nécessaires la constitution d’espaces protégés (parcs naturels) et le développement de technologies propres.

Les rythmes
Le clocher du village sonne les sept heures canoniales. La vie des champs devient rythmée par les heures comme l’était déjà la vie des monastères. Apparition des horloges mécaniques
Pour le chronométrage de l’organisation “scientifique” du travail, l’échelle de temps se compte en dixièmes de secondes : séparation des tâches, surveillance, production de masse.
Système technique cognitif (21°-22° siècles) : 
la dématérialisation de la technique
Eclosion de diversité des matériaux. Plusieurs milliers de variétés de polymères, élastomères, colles.., prennent toutes les formes imaginables : des fils pour les armatures (kevlar, carbone), des fibres pour le textile (polyester), des membranes pour les structures gonflables (mylar), des mousses pour les rembourrages de matelas, sièges.., l’isolation des cloisons..(polyuréthane). On peut presque composer des polymères sur mesure, capables de répondre à un cahier des charges prédéterminé. Alliages, céramiques, composites, verres multiplient encore les possibilités d’adaptation de la matière. D’où, pour le fabricant, un hyperchoix des matériaux, et la nécessité d’utiliser des bases de données et les méthodes de l'”analyse de la valeur” pour s’y retrouver. Allégement général des matériaux, dans tous les domaines.
Mise en réseau par l’électricité et maîtrise de l’énergie. Le gaspillage d’énergie de la société industrielle (jusqu’à 7 tonnes d’équivalent pétrole par habitant et par an, soit 117 fois le poids d’un humain moyen de 60 Kg) se ralentit, du fait que les ressources ne sont pas inépuisables. Les techniques électriques (micro-ondes, plasmas, courants hachés…) permettent de délivrer l’énergie en quantité juste suffisante, là précisément où l’on en a besoin, dans des conditions moins polluantes (exemple : automobile électrique ou hybride). L’électrification, c’est aussi la disponibilité instantanée, donc le changement, à échéance d’une génération, du système technique domestique : éclairage, réfrigérateur, machines à laver, robots ménagers..
La bio-technologie peut intervenir directement sur les molécules chimiques constituant les êtres vivants, non seulement les observer et visualiser leurs formes et leurs composition sur ordinateur, mais aussi les couper, les greffer, les hybrider. La perspective de fabriquer des êtres vivants sur commande, doués de capacités pré-définies, place l’espèce humaine devant des responsabilités vitales plus complexes que ce qu’elle a jamais eu à traiter. Ayant appauvri le patrimoine naturel par l’industrialisation et la déforestation tropicale, elle va sans doute devoir, pour compenser, l’enrichir d’espèces artificielles, capables de constituer entre elles des écosystèmes stables et complets (biosphères).
L’échelle de temps du microprocesseur se compte en milliardièmes de secondes, celle de l’ordinateur optique se comptera en millionième de milliardième de secondes. La perception humaine reste au dixième de seconde. L’ordinateur va donc déjà dix à cent millions de fois plus vite que le cerveau, auquel il peut imposer ses rythmes. Il immerge le sujet dans des univers virtuels conçus, soit pour l’enseignement de savoir faire techniques (pilotage, chirurgie..) soit pour la fascination (jeux vidéos..)

Système technique agraire médiéval 
(11°-13°->18° siècles)
Système technique du machinisme industriel (18°-20° siècles)

L’espace et les échanges
Reconstitution des marchés locaux et régionaux (11°-12° siècles). Le gouvernail d’étambot à gond (1242) facilite le développement des navigations marchandes, notamment dans la baltique : constitution du système hanséatique (13°) autour de Lübeck,  Danzig, Königsberg…
Chemins de fer, automobile, aviation : l’espace rétrécit. On peut relier deux villes du globe en moins d’une journée. Marché mondial des grands produits (pétrole, acier, non ferreux, café, cacao, laine…), des biens d’équipement (machine outil) et des biens de consommation (automobile, appareil photo…)

Communication et éducation
L’information technique circule en latin, grâce au travail des copistes, dans le réseau transnational des monastères. L’école de Charlemagne. Naissance de l’Université critique (scolastique).
L’imprimerie : elle a d’abord des conséquences religieuses (protestantisme), puis littéraires (âge classique) puis techniques à partir du 18° siècle (l’encyclopédie) : diffusion de la culture technique. Enseignement de masse après 1850.

Territoire social et organisa-tion
La terre est la base de ressources, nécessaire à la survie familiale, villageoise, féodale… Elle est donc l’enjeu des batailles. Objet de propriété, on la transmet à sa descendance. La féodalité, caste militaire, est la protectrice du territoire agricole, autarcique, garante de sécurité. Pour les échanges, sont crées des cités marchandes, à organisation isonomique, d’abord dans la Hanse, puis en méditerranée (Gènes, Venise)
L’outil de production (les usines, les machines..), c’est à dire le Capital, est la base de ressources. La survie est assurée par le fonctionnement de la production, de ses approvisionnements et de ses débouchés. Ce territoire là est instable. Il faut s’activer pour le conserver. L’état-nation préserve la sécurité économique et sociale ; l’entreprise prend les risques. Début de séparation des pouvoirs.
Système technique cognitif (21°-22° siècles) : 
la dématérialisation de la technique
Après une phase d’implosion urbaine, reconquête de l’espace habitable, rendue possible par la généralisation de la télé-présence (visiophonie..) en temps réel ou différé, et l’art de constituer des biosphères autonomes locales. Villes-défis de l’habitabilité : dans les zones inhospitalières, sur les mers, dans l’espace intersidéral… Les échanges concernent, non plus les produits pondéreux de première nécessité, mais les créations techniques ou artistiques, les informations contenues dans les banques de données, la programmation des réalisations futures. Les distances ne sont plus physiques, mais culturelles : la difficulté à être compris dans une autre langue ou une autre culture.
La téléphonie : le maillage des télécommunications construit une sorte de “cerveau planétaire”. Chacun peut être joint instantanément en tout lieu, par le son ou l’image. Le nouveau système technique se développe jusqu’à saturer le mental des humains. Les individus doivent se protéger de la communication. L’enseignement de masse est un savoir naviguer dans le savoir. Il est stimulé par le contact personnel avec l’enseignant, mais opère dans le champ du patrimoine culturel stocké dans les mémoires artificielles (disques laser et autres)
La base de ressource qui permet la survie est un savoir-faire personnel. Il peut aussi bien concerner une technique de pointe sophistiquée ou au contraire rejoindre les connaissances ancestrales, telles que l’art de survivre dans les glaces ou dans le désert. On met plusieurs années à l’acquérir, il risque constamment d’être déclassé et, à la différence du patrimoine ancien, il ne peut être transmis sans travail. La richesse est intérieure. La propriété intellectuelle est un des statuts juridiques possibles de ce nouveau patrimoine. Les organisations de protection deviennent planétaires, avec séparation des trois pouvoirs (judiciaire, législatif et exécutif). La notion d’entreprise est étendue aux organisations à but autre que lucratif, mais quand même obligées d’équilibrer leurs ressources et leurs dépenses. Elles sont porteuses d’explorations et de créations.
Les transitions sont planétaires
Le tableau ci-dessus résume les trois transitions du système technique. L’Europe a été le centre de ces mutations, sans vraiment le vouloir. Sa société a explosé, parce qu’elle constituait un mélange détonant. L’onde de choc a secoué le monde entier. De nos jours, des cohortes vengeresses se lèvent dans les civilisations qui se croient humiliées. Elles font remonter leur ressentiment jusqu’aux croisades. Mais il est trop tard. L’Occident n’est plus en occident et n’appartient plus aux occidentaux. Il est au Japon, en Amérique, partout où l’on doute des vérités toutes faites. Les occidentaux sont déracinés. Ils n’assument pas la responsabilité de ce qu’ont fait leurs ancêtres. L’éventuelle vengeance sera comme un coup d’épée dans l’eau. Le nouveau système est mondial. Tous les humains en font partie, comme le montre cette carte :